Judy



Judy venait de commencer ses traitements de chimiothérapie quand elle assista à un de mes ateliers pour la première fois. Elle devait demander à des amis de la conduire à l’hôpital pour ses traitements, de la ramener chez elle, puis de rester avec elle après cela; elle sentais qu’elle dérangeait. À cause de ces sentiments, mais aussi à cause de la souffrance que lui causait les traitements de chimiothérapie, elle avait désespérément besoin d’amour et de soutien.

Plusieurs des personnes qui participaient à mes ateliers s’étaient déjà senties rejetées dans leur enfance et étaient maintenant impatientes de déverser leur amour sur des personnes qui, elles étaient sûres, l’accepteraient. Il s’agissait d’un processus de guérison assez puissant. Les membres du groupe s’attachèrent rapidement les uns aux autres; je décidai alors de conserver la dynamique du groupe en organisant des rencontres une fois par mois.

À l’atelier suivant, Judy nous parla, sans aucune gêne, de la perte de ses cheveux qui, disait-elle, tombaient par poignées. «Peut-être que je devrais me procurer une perruque mohawk et la teindre en mauve. Mieux vaut en rire», disait-elle. Son attitude courageuse était une inspiration pour nous tous. Elle haussa les épaules en disant: «Les gens résistent à bien des choses. Il se trouve que j’ai beaucoup de résistance dans ce domaine.»

En fin de compte, elle ne s’est jamais acheté de perruque mohawk, mais elle a commencé à porter des casquettes - une avait des paillettes; une de ses préférées avait une hélice.

Un jour, elle m’appela juste comme je partais pour l’atelier du mois de décembre : «J’ai eu un traitement de chimio hier, et je me sens beaucoup trop nauséeuse pour pouvoir assister à votre atelier, ce soir», me dit-elle. Pendant l’atelier, nous lui enregistrâmes sur une cassette des messages de la part des membres du groupe. Quand elle l’apprit, elle se mit à pleurer.

Après avoir manqué les ateliers pendant une période de trois mois, Judy nous informa qu’elle allait de nouveau nous faire l’honneur de sa présence. Lorsqu’elle entra dans la pièce, nous nous précipitâmes pour l’embrasser. Nous ne dîmes mot de notre inquiétude face à son état émotionnel. Se moquer de ses cheveux qui tombent, c’est une chose, mais le vivre, c’est une autre chose. Nous nous demandions comment elle avait fait pour faire face à une telle tension.

Judy répondit à notre question quand elle s’assit et retira son foulard. Je ravalai mes larmes avant d’éclater de rire en lisant les mots qu’elle avait inscrits sur sa tête chauve: «Et vous pensez que vous avez des problèmes avec vos cheveux!»

Nancy Richard-Guilford


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