La vie! Quel cadeau précieux de Dieu. Quelle bénédiction de vivre dans ce monde plein de vie, dans ce monde aux possibilités illimitées. Puis, frappe l'adversité, et ce cadeau se transforme alors en malédiction.
«Pourquoi? Pourquoi moi?», nous demandons-nous.
Mais nous n'avons jamais de réponse, n'est-ce pas?
Après avoir contracté la maladie de Hodgkin à l'âge de sept ans, et bien que l'on m'ait dit qu'il ne me restait plus que six mois à vivre, je réussis à surmonter tous les obstacles. Appelez ça de la chance, de l'espoir, de la foi ou du courage; mais il existe des milliers de survivants! Des gagnants comme nous qui savent exactement ce qu'il faut dire: «Pourquoi pas nous? Nous sommes tout à fait capables d'y faire face.» Je n'ai pas l'intention de laisser le cancer me faire mourir. Dieu sait ce qu'Il fait, quels que soient les obstacles qui se présentent, et je n'ai plus à avoir peur.
Pendant ma deuxième année d'école secondaire, il avait été prévu que ma classe participe à une course. Je n'oublierai jamais ce jour-là, car à cause des enflures et des cicatrices que j'avais à la jambe, suite aux opérations que j'avais subies, cela faisait près de deux ans que je n'avais pas enfilé un short. J'avais peur que l'on se moque de moi. J'avais vécu dans la crainte pendant deux années. Pourtant, ce jour-là, tout cela n'avait plus d'importance. J'étais prêt: short, coeur et esprit. Mais à peine étais-je arrivé à la ligne de départ que j'entendis des chuchotements, du genre: «Obèse! Qu'est-ce qu'il est gros! Quelle horreur.» Je fis mine de les ignorer.
Puis, l'entraîneur s'écria: «À vos marques, prêts, partez!» Je décollai à la vitesse de la lumière, je fus plus rapide que tous les autres pour ce qui est des 7 premiers mètres. Je ne savais pas grand-chose sur l'entraînement à cette époque, mais cela n'avait pas d'importance, parce que j'étais décidé à finir la course le premier.
Lors du premier des quatre tours de piste que nous avions à faire, il y avait des élèves sur toute la piste. À la fin du deuxième tour, plusieurs élèves avaient déjà abandonné. Ils avaient laissé tomber, et s'étaient affalés par terre, essayant de reprendre leur souffle. Lorsque j'entamai le troisième tour, il ne restait plus que quelques-uns de mes camarades de classe sur la piste et je commençai à boiter. Au quatrième tour, au moment où je passai la ligne d'arrivée, j'étais seul. C'est alors que je réalisai ce qui se passait. Je me rendis compte que personne n'avait abondonné. Mais plutôt, ils avaient déjà tous terminé la course. Je pleurai en courant le dernier tour. Je réalisai que chaque garçon et chaque fille de ma classe m'avait battu. Après 12 minutes et 42 secondes, je finis par passer la ligne d'arrivée. Je m'écroulai à terre, et des larmes ruisselaient sur mes joues. J'avais tellement honte.
Mon entraîneur se précipita vers moi et me releva en s'écriant: «Tu as réussi Manuel! Manuel, tu as terminé la course, mon garçon! Tu as terminé la course!» Il me regardait droit dans les yeux, en remuant une feuille de papier. Il s'agissait de mon objectif de la journée, que j'avais oublié. Je lui avais remis cette feuille avant que la classe ne commence. Il la lut à haute voix pour tout le monde. Je disais simplement: «Moi, Manuel Diotte, terminerai la course demain, et ce, quoi qu'il advienne. Aucune douleur ou frustration ne m'arrêtera, car je suis plus que capable de me rendre jusqu'à la ligne d'arrivée. Et, avec Dieu comme force, je terminerai cette course.» Signé: Manuel Diotte, avec un petit visage souriant dessiné à l'intérieur du D, comme je le fais toujours quand je signe mon nom. Mon coeur se gonfla, mes larmes cessèrent de couler et un sourire se dessina sur mon visage, comme si j'avais eu une banane coincée en travers de la bouche. Mes camarades de classe se mirent debout pour m'applaudir. C'est alors que je réalisai que gagner n'était pas nécessairement arriver premier. Quelques fois, gagner, c'est simplement terminer.